Contes et légendes

La nouvelle lune

Au commencement du monde, la Lune présentait un aspect fort différent de celui qu’on lui connaît aujourd’hui. Sa face était blanche, lisse et pure, car elle n’avait pas de visage. Nuit après nuit, remplaçant le Soleil, elle se levait sur l’horizon et éclairait l’humanité de sa douce lueur. Personne ne sait combien de temps cet âge d’or dura.

Un jour toutefois, ou plutôt, une nuit, la Lune ne se coucha pas tout de suite, quand l’aube commença à poindre. Nul ne sait exactement pourquoi. Certains prétendent que c’était un barde qui la fascina, d’autres disent qu’un magicien la força à rester au ciel un peu plus longtemps, pour finir un rituel. Quelle qu’en fût la raison, le fait reste qu’un matin, la Lune n’alla pas se coucher, alors pourtant que le Soleil se levait sur l’horizon.

Lorsqu’elle vit le ciel rosir, et la terre illuminée de ses rayons, le Lune tomba amoureuse du Soleil. À plusieurs reprises par la suite, on pu voir la Lune aux côtés du Soleil dans le ciel matinal. Elle n’avait d’yeux que pour lui… et il n’avait d’yeux que pour les humains. Pour la Lune, pas un regard. Elle passa à travers toutes ses phases sans réussir à capter son attention. La Lune, pourtant, n’avait jamais été aussi belle. Quand elle eut tout tenté, la Lune fit quelque chose qu’elle n’avait jamais fait auparavant : elle descendit sur terre, laissant vide le ciel nocturne. Si le Soleil aimait mieux les humains, elle prendrait l’apparence d’une humaine. Toute la nuit elle parcouru la terre, là où, lui avait-il semblé, le Soleil avait le plus porté son attention pendant la journée. Certainement il y avait là la personne qui avait attiré son regard.

Elle marcha longtemps sans rencontrer qui que ce soit, les gens fuyant devant cet être visiblement surnaturel. Aucun héro ne se présenta pour l’interroger. Elle n’aurait, de toute façon, pas pu parler. La Lune allait désespérer quand elle la trouva enfin. Une femme, fort belle, au teint doré par le Soleil. Ses yeux était aveugles et elle ne pu pas fuir. La Lune s’approcha, tendit la main… et pris son visage pour elle-même.

La nuit suivante, quand la Lune s’éleva dans le ciel, elle dévoilait timidement son nouveau visage. Pâle, délicate, lumineuse, jamais elle n’aurait pu être plus belle. Le Soleil, pourtant, ne la regarda pas. Ce n’était pas le bon visage, il ne pouvait y avoir d’autre explication ! Quand un mois eut passé, la Lune descendit donc à nouveau du ciel. Et elle descend à nouveau à chaque mois depuis, à la recherche du visage qui lui gagnera le coeur du Soleil. C’est pour cette raison que chaque mois, on appelle la “Nuit de la nouvelle Lune” la nuit où la Lune disparaît du ciel. Les gens sages, lors de cette nuit, portent sur eux un masque pour cacher leurs traits, au cas où ils auraient le malheur de tomber nez à nez avec la Lune en quête de son nouveau visage.

Le collier d’Olostra

Il y a de cela fort longtemps, avant que les rois et les reines ne siègent sur leurs trônes solitaires, Olostra était aimée de Nodrian. Ils étaient jeunes, mais leur amour grandit en même temps qu’eux, car Olostra aimait aussi Nodrian.

Les messagers allaient et venaient entre les maisons de leurs parents, discrets et rapides, portant les billets tendres et les gages des jeunes amants. La guerre terrible, commencée des années plus tôt, interdisait leur union, mais Olostra promit d’attendre, et Nodrian, comme preuve de son engagement, lui offrit un collier magnifique. Une chaînette du mithrill le plus fin, reliant 7 diamants : l’un reposait sur sa nuque délicate, à la naissance de ses cheveux de feu, l’un au niveau de chaque épaule, l’autre sur le devant de son cou blanc et souple, qui retenait les trois dernières pierres descendant gracieusement vers son coeur. Le dernier diamant de la chaîne, le plus pur, brillait comme la glace sous l’éclat de la pleine lune. Jamais il ne quitta le cou d’Olostra, pendant toutes les années que dura la guerre.

Et la guerre dura treize longues années.

À son terme, les hommes furent libérés du joug des anicens dieux, mais à un prix terrible. Pour assurer la survie de notre monde, les rois dûrent perdre la liberté au nom de laquelle ils avaient combattu pendant treize années. Les dieux, dans leurs derniers soubresaults, avaient libéré une énergie telle qu’elle devait tout détruire. Le monde des morts menaçait de se mélanger au nôtre. La nature, par endroits, devint si dense et hors de contrôle qu’elle se tuait d’elle-même. La terre se mourrait.

Les rois firent donc la seule chose qu’ils pouvaient faire. Ils se répartirent les domaines en déroute, selon leurs connaissances et leurs affinités. À Nodrian l’habile revint le contrôle de la richesse et de la civilisation; à Olostra la douce revint de veiller sur les âmes des morts. De mariage il n’y eut point, et il n’y aura jamais, car le contrôle des forces qui sont maintenant entre leurs mains ne leur permet ni repos, ni loisir. Mais leurs coeurs restent humains, et la séparation blessait chaque jour un peu plus les jeunes amants.

Quand un mois eut passé, quand Nodrian eut apprit à contrôler son nouveau pouvoir, une nouvelle constellation apparut dans le ciel nocturne. Le collier d’Olostra. 7 étoiles, quatre formant un cercle, trois autres descendant gracieusement jusqu’à la dernière, la plus brillante. C’est cette étoile qui guide désormait les navires sur les mers, celle qu’on appelle parfois aussi l’Étoile du Nord. D’où que vous soyiez dans le monde, quel que soit le moment de l’année, elle reste toujours visible. Elle est visible jusque dans le royaume des morts, où trône Olostra la solitaire, qui sait à cette vision que son Nodrian ne l’a pas oubliée.

Praxis 2016
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